Salon somptueusement doré, lustres monumentaux et cristallins, hôtesses d’accueil en uniforme façon Air UE, sécurité cravatée, demi-mondaines à tailleur mal-seyant en quête d’on ne sait qui, rombières lyonnaises lasses des réunions Tupperware, seconds couteaux municipaux et vieux socialo-écolos vêtus de costards Camif ressortis des noces du petit, pas de doute, on est bien en ce samedi d’octobre à la conférence de clôture des universités d’automne des Maisons de l’Europe. Ça pue la connivence, le confort, la bêtise et l’hypocrisie. 

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La veille, des ateliers de cellules grisâtres ont planché sur les dangers des néo-nationalismes apparus en réaction à la débandade de l’Union et les participants attendent maintenant la cerise écarlate, le pompon rouquin, Dany en personne venu accompagné du journalope Quatremer pour présenter Debout l’Europe, son dernier torchon fédéraliste écrit avec la complicité de l’ultra-libéral belge Guy Verhosfadt, président du groupe ADLE au Parlement, président de la holding Sofina, une société de portefeuilles, et probable futur président de la Commission. On pourrait s’arrêter là tellement la farce de duettistes est pitoyablement grotesque mais on continue quand même parce que la suite est amusante.

Répartis dans une assistance proche de l’adulation sectaire envers leur sacré Cohn, nous nous sommes introduits un à un puis placés régulièrement selon les exigences de son de la caméra qui tourne déjà. Les questions préparées en fonction d’une progression adaptée au vieux roux sont dans les poches de tous, la fine équipe est prête après avoir récolté au passage nombre de brochures de propagande sans-frontièristes appelant à la fin des Nations. Suffisamment caféinés pour supporter une heure et demie de conférence nous assistons comme attendu à l’apologie sans mesure d’un fédéralisme total organisé via une révolution supranationale censée garantir l’autonomie du pays… N’importe quoi. A noter que le premier terme du syntagme ne sera jamais expliqué ni défini et que le deuxième aurait nettement mieux tolérer le a privatif tant le processus se présente comme anational.

Contraints à l’écoute silencieuse d’une longue leçon sophistique, nous assistons à une démonstration exceptionnelle riche en noyades de poissons et sodomies de mouches. Pauvre Cohn, incapable de s’exprimer ou construire en dehors de faux syllogismes même lorsque rien ne l’y oblige. Ses premières paroles reposent d’ailleurs sur l’une des formes de logique pervertie afin de désamorcer le scepticisme éventuel que pourrait éveiller la présence d’un ancien lanceur de pavés en pareil luxe et décor de stucs. « La bourgeoisie se dévergonde avec moi » lançe-t-il à la salle pouffante. Faux, c’est l’inverse, le tricheur s’est embourgeoisé avec elle et ce ne sont pas plus les milliers d’euros mensuels perçus que la retraite complète au terme de quinze ans parlementaires sans cotisation ni les innombrables avantages financiers et fiscaux dont il bénéficie qui vont renverser l’incohérence de la remarque. Baste.

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Le soliloque de la carotte apatride n’est en fait qu’une énumération d’exemples sans maniement de concepts qui vont de la suppression totale de l’armée française remplacée par une euro-troupe anglophone à la création d’une caisse commune d’allocation chômage permettant de payer l’entubé de grec grâce à la solidarité des populations membres. Enorme, splendide, financer les attaques de la Goldman Sachs par le fric de nos impôts est une idée qui, certes, aurait probablement valu une syncope à Pierre Hillard s’il eût été là, mais qui enchante le parterre de carpettes déroulées face à lui. Plus c’est gros, plus ça passe (non, Kassovitz cette expression n’est pas de Clara Morgane) et il s’en fallut de bien peu que l’ancien amateur de très jeunes colonies ne propose les châteaux de la Loire, vieilles caillasses françaises inutiles, en guise de camp d’accueil de roms, citoyens modernes européens étonnamment confrontés à une pénurie de logement récurrente. En tout cas, le néo-feu vert est en plein succès, certaines présentes sont au bord de la flaque et les hommes affichent une drôle et fausse virilité chevaleresque comme prêts à partir en guerre dans la Kangoo toutes options.

C’est dans ce moment d’harmonie délicieuse qu’arrivent le tour des questions et nos interventions en rupture de ton. Sachant par expérience que la durée moyenne de conservation de micro est, pour ce qui nous concerne, de dix secondes et demie environ, une sorte de stratégie a été établie. La première phase, dite de taquinerie, consiste à saisir puis porter à ébullition en espérant que le sujet en lâche une petite. Dany n’étant pas pas Botul, qui lui ne se fâche qu’en cas de tarte à la crème en pleine gueule, nous sommes assez optimistes quant à l’effet provoqué. La question porte sur le caractère anti-démocratique du fonctionnement des instances européennes (absence d’élections, non prise en compte des référendums…) et nous incluons dans le pack  on t’emmerde  une petite référence au nationalisme pour la mèche et un renvoi à sa considération sur l’avis populaire suisse pour l’étincelle. Bingo. Pendant la réponse du journalope qui reconnaît à demi-mots qu’il y a comme un souci, l’autre rumine nerveusement sa contestation pour enfin se lâcher. L’adrénaline aidant l’accélération du débit et la montée de voix, Bendit devient rapidement : Dany the Dog

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Vas-y Dany, aboie, sort les chicots et mord ce que tu détestes. L’écarlate du teint se mêle étrangement et sans effets spéciaux au roux du poil et, dans un énervement progressif, l’eurodéputé balance que la démocratie est « la défense des minorités contre la majorité » !!! Il se contredira lui-même quelques instants après. Le troupeau de veaux qui n’appartient à aucun groupe minoritaire applaudit, imbécile, cette apologie éhontée du communautarisme. Lorsqu’on se souvient de la question posée, c’est assez comique puisque le charlatan sophiste utilise la référence au 3ème Reich, très peu connu pour son idéologie égalitaire, afin d’argumenter en faveur de la perversion démocratique. Nouvelle supercherie donc. Et puis, affirmer que la majeure partie teutonne était alors radicalement favorable à l’extinction juive sous joug dictatorial est plus que douteux. En tous cas, quel mépris pour le peuple allemand dans la gueule de ce défenseur acharné d’une Europe unie et pacifique !

Devant notre attitude volontairement désinvolte et nos sourires provocateurs en dépit des remontrances de l’assistance, Cohn ne s’en sort pas vraiment et a vite recours à la sempiternelle pirouette ad hitlerum pour se sortir des cordes. Papa et maman ont beaucoup souffert face aux chasseurs d’étoiles, fuite à Paris, pathos pour tout le monde, en veux-tu en voilà… On interrogerait sur les conditions de la reproduction de crevettes israéliennes en captivité, la réponse serait la même. Mais c’est bon signe pour nous car en ce début d’échange il a déjà sorti l’ultime botte parce que coincé. On en rajoute une couche, on dirait qu’il va décoller tellement il est rouge, on devient intime, on se tutoie, « ne me tutoyez pas » « je fais ce que je veux », un camarade éloigné ajoute « surtout avec les petites filles » (inaudible dans la vidéo), ça se termine en eau de boudin, silence, malaise, il est mûr. Quand Dany fâché, lui toujours faire ainsi.

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Notre respect des aînés fait cependant que nous enchaînons directement sur une activité d’agility, plus tranquille, qui lui offre un boulevard en même temps qu’elle poursuit le foutage de gueule. Ainsi, un camarade lui demande-t-il si pour atteindre l’objectif décrit, la disparition complète des États et frontières ne serait pas préférable. Fatigué de l’avant et flairant la quenelle, l’aboyeur retourne au panier et évite avec un mépris calculé, mais qui ne fonctionne pas, de répondre à l’invitation transmise illico à son partenaire de portée. Ben alors, comment on fait nous ? Refus de combat, c’est pas loyal, l’a bien baissé le Dany. Round perdu par abandon.

Qu’importe, petit coup d’éponge magique et c’est reparti. Un troisième camarade récupère le micro et perd au passage avec brio, comme le précédent, son pucelage de prise de parole en conférence. Interrogé, entre autres, sur la tolérance des grecs, espagnols et autres portugais quant au délai absurde de 30 ans annoncé pour mener à bien le projet fédéral, Bendit ne convainc pas, réponse floue, molle et à côté. Le ton monte à nouveau, échange tendu, ambiance pourrie. La sorte de modératrice dit que pour la première fois elle va devoir mettre « Dany à la porte » pour cause d’horaire d’avion alors que dix minutes supplémentaires viennent d’être annoncées, notre caméraman ajoute « si ça pouvait être vrai ».

Atmosphère de gêne et déception dans la salle. Lapsus, contradictions, refus de lutte et mensonges, l’homme a été mauvais, décevant dans la roublardise. Rassemblement, nous sortons ensemble sous la haine des mougeons qui entourent leur pauvre Cohn. Puisse cet avion le porter vers d’autres contestations qui seront autant de trous d’air dans le vol de ce traître félon. On l’a bien énervé, on a bien rigolé.

Ruben Azahar pour E&R Rhône-Alpes