« Les limites de la liberté d’expression »… Tel fut l’audacieux intitulé de la magistrale allocution d’Alain Jakubowicz, avocat, actuel président de la LICRA, ancien président du CRIF Rhône-Alpes et Chevalier de la Légion d’Honneur, dans le cadre d’une conférence à l’Université LYON 3 Jean Moulin le 29 septembre 2014. 

S’il se déchargea d’emblée d’être un spécialiste de l’exercice, l’invité de marque donna pourtant une leçon de communication. Dieudonné, Soral, Zemmour, Faurisson, Houellebecq, la Shoah, la loi Gayssot, la loi Taubira, les crimes contre l’Humanité, la quenelle : tout y passe. Admirez donc.

Les meilleurs moments :

En juriste chevronné, Maître Jakubowicz a parfaitement désamorcé la situation, ce qui lui a permis de déverser calmement sa litanie habituelle, que nous résumons ici :

la liberté d’expression n’a aucune limite, sauf celle de la légalité ; dans toutes les démocraties, il y a des limites à la liberté d’expression ;

Habile procédé qui induit cette idée sous-jacente qu’il n’y a pas de limites à la liberté d’expression, à part les limites « nécessaires »« essentielles »« normales » que tout état de droit qui se respecte se doit d’élever, c’est d’ailleurs cela qui prouve que c’est une démocratie.

Avec en acmé révélatrice de cette consubstantialité, l’ordonnance exceptionnelle du Conseil d’État du 9 janvier 2014 dans l’affaire Dieudonné qui démontre ainsi que « les institutions ont parfaitement fonctionné ».

Une société qui fonctionne bien est donc une société qui limite bien. Mon petit doigt me dit que la France est partie pour fonctionner de mieux en mieux…N’ayant pas réussi à accéder au micro pour poser de vive voix la question qui me brûlait les lèvres, je me permets de la retranscrire ici par écrit. J’espère que l’orateur professionnel qu’est Monsieur Jakubowicz ne m’en voudra pas. La voici :

Si à la question « qui fixe les limites de la liberté d’expression ? » vous répondez : la loi, laissez-moi vous demander alors « qui fixe la loi ? »

Interrogation faussement naïve que je prolonge sous forme de réflexion : loin d’être le résultat d’un processus démocratique mettant le peuple au cœur de « ses » décisions, la loi n’est que la ratification d’un rapport de force double, théorique et pratique, soit le combat imbriqué des idéologies et des lobbies. Une réalité hypocrite qui favorise les réseaux d’influence, sur le dos de la « représentation du peuple », et qui nous pousse à formuler une nouvelle question à M. Jakubowicz : à ce petit jeu, estime-t-il être le plus fort ? Reconnaîtrait-il que la loi n’est que la loi du réseau le plus fort, et qu’il incarne en ce moment même celui-ci ?

Il apparaît en conséquence que la démocratie est ainsi : un système de limitations du peuple par des élites qui ne sont même pas « ses » élites, mais des personnes et des associations à la fois juges et partis, à la légitimité réticulaire et tout bonnement antidémocratique.

« Les institutions ont parfaitement fonctionné », je vous le rappelle… Et vous laisse y réfléchir.

« Les limites des limites de la liberté d’expression », voilà comment aurait dû s’appeler cette conférence.

Pierre de Brague

Conférence entière :