Hommes roses, filles bleues, pluralité du sexe, offre et demande, lesbiennes, gays, bis, trans, polyamours, onanisme, prolixité et misère, la société postmoderne a hérité de celle qui a dit :  « On ne naît pas femme, on le devient ! » 

Jadis, la question de la remise en cause du genre féminin ne se posait pas. Non pas parce que nos ancêtres ne pensaient pas, mais parce qu’elle ne portait pas de sens. Aujourd’hui, dans un contexte particulier, inédit, la question est d’actualité.

Simone de Beauvoir est l’une des Françaises les plus célèbres. Elle fit de brillantes études. En 1929, à 21 ans, elle réussit le concours d’agrégation de philosophie, juste derrière Sartre, qui termina premier. En 1949, elle écrivit le premier brûlot féministe qui lui assura une gloire internationale (Le deuxième sexe). Dans le paysage culturel contemporain, son nom est quasi mythique. Mais que se cache-t-il derrière cette image d’Épinal ?

Beauvoir est née en 1908, sa génération est la fameuse génération qui a eu 20 ans dans les années 20 (les Années folles). C’est-à-dire la toute première génération de l’ère de l’industrie, celle qui a vécu cette rupture anthropologique majeure que fut la fin de l’archétype de la femme au foyer.

Le père de Françoise Brasseur, mère de Simone, était président de la Banque de la Meuse. Sa fille épousa un avocat, issu d’une vieille famille de propriétaires terriens Georges Bertrand de Beauvoir, épris de théâtre et de littérature. Après la Première Guerre mondiale, un séisme affecta les de Beauvoir, Gustave Brasseur, le banquier, qui assurait le haut niveau de vie de la famille, fit faillite ; les de Beauvoir durent quitter leur domicile cossu et s’engager dans une nouvelle vie plus sobre.

A la recherche de solutions pour ses filles, le père, eut une vision prémonitoire et conseilla à Simone de devenir écrivain. Elle s’allia avec Sartre, très tôt considéré comme un génie. Elle forma un réseau de personnes solidaires autour d’elle et de lui : « La petite famille » et entreprit de réussir avec sa plume, ce qui advint finalement. Grâce au succès médiatique du Deuxième Sexe, elle fut, dès les années 50, l’une des têtes du féminisme international et après sa mort, en 1986, elle continue d’en être l’une des principales icônes.

Si depuis quelques décennies, Beauvoir est maintenue sur un nuage de gloire internationale, c’est peut-être parce qu’elle a œuvré pour le pouvoir ; ne croyez-vous pas ?

Par une propension irrépressible, systémique, le pouvoir (quel qu’il soit) administre la culture et remodèle l’Histoire de telle manière qu’il puisse être mis en valeur. Le pouvoir contemporain n’échappe pas à cette règle universelle. En 2015, l’oligarchie qui est propriétaire des grands médias, finance aussi les grands partis politiques et a donc la main sur tout. Qui peut être assez naïf pour croire que l’écriture beauvoirienne de l’Histoire lui échappe ?

Beauvoir a du talent, nous n’en débâtons pas, mais pour être objectif, en dehors de certaines études imposées par l’université, force est de reconnaître, aussi, que ceux qui lisent ses romans pour le plaisir littéraire qu’ils pourraient procurer, sont très peu nombreux. Son succès est clairement dû à deux stratégies gagnantes : son alliance avec Sartre et sa prise de position en faveur d’un conflit de caste qui, manifestement, est en phase avec la stratégie du pouvoir.

Elle avait auparavant côtoyé le communisme, hésité, ne sachant pas trop vers quel avenir soufflait l’air du temps, mais finalement, dans les années 50, c’est sa tendance libérale libertaire qui lui permit de connaître le succès. Les Américains avaient gagné la guerre et elle-même rejeta la tradition au profit de l’athéisme et de la permissivité. Seule, hic et nunc, sa réussite comptait ! Elle essaya, mais en vain, de connaître l’amour physique avec Sartre, puis elle s’orienta vers le saphisme, avec aussi peu de succès. Cependant, en agissant ainsi, elle s’inscrivit aussi dans la grande mutation des mœurs de l’époque, croyant la gouverner, alors qu’elle la subissait.

Penser l’artifice social du conditionnement des genres féminin et masculin est un exercice hautement estimable s’il est pratiqué dans un contexte civilisationnel humaniste, mais est-ce encore le cas quand il est pensé par une bourgeoise déficiente en tant qu’amante, incapable d’être mère, intrigante dans un monde d’ego et d’argent ? Elle n’est ni amante, ni épouse, ni mère, elle reconnaît que, sexuellement, sa relation avec Sartre a été déplorable. Sa relation avec Nelson Algren a consisté à théâtraliser une amourette pour tenter de cacher le désastre de sa vie privée derrière une gesticulation publique ridiculement contrefaite. Dans ce contexte, l’exercice qui consiste à donner des leçons de sexualité aux femmes épanouies du bon peuple de France, est tout simplement ridicule.

L’oligarchie, qui a besoin de chair malléable, instrumentalisable, prétend que Beauvoir libère la caste des femmes et que le monde lui appartient, alors qu’il n’appartient ni aux femmes, ni au peuple, ni aux écrivassiers que les puissances d’argent mettent en scène. Une pensée « politiquement correcte » est mise en forme par une Simone de Beauvoir qui, dans ce processus d’inféodation, croit être une femme libre ! Elle a ambitionné également d’être aussi célèbre, voire plus célèbre que Jean-Paul Sartre et, en revanche, de ce point de vue, le pari est gagné ! Le discours beauvoirien tient le haut du pavé !

Aujourd’hui, dire la différence des sexes et notre biologie sexuellement définie est jugé discriminatoire ! L’altérité devrait aller de soi : les femmes portent les enfants dans leur sein, c’est tout de même assez dissemblable de ce que les hommes sont capables de faire ; mais la propagande impose une nouvelle rectitude de la pensée.

Nombreux sont les pauvres hominiens qui tentent d’exister dans des relations croisées, des polyamours éphémères, une « Tinder » dépendance, dans un décor qui prend des allures de foire aux excentricités. Il ne s’agit plus de devenir femme, de devenir homme, mais de tenter désespérément de prendre du plaisir sur un marché prolixe qui prétend y pourvoir. Sur le théâtre de ces opérations, omettant de dénoncer la véritable inégalité, celle de la richesse, les disciples de Beauvoir sont dites égales des hommes. Elles sont effectivement libres de s’instrumentaliser dans des rapports salariés, comme dans des consommations sexuelles intermittentes, à l’instar des mâles. C’est étonnant de s’en vanter ! Ce délire est soutenu par des universitaires qui ravalent la culture actuelle au niveau des pires occultismes archaïques. Dans leurs plaidoiries de mauvaise foi, ils essayent d’établir que l’égalité des sexes est une donnée de nature qui aurait été pervertie par la civilisation, des siècles durant, voire des millénaires, jusqu’à ce que « Sainte-Simone » remette « de l’ordre » dans les esprits.

Dès les années 70, avec l’aide du MLF, elle façonne le concept de « patriarcat[1]» dans la version de combat sexiste que nous connaissons aujourd’hui, contaminant la sociologie des relations sexuelles par une épidémie idéologique sur laquelle s’est structuré l’endoctrinement libéral. Plutôt que d’admettre l’avènement d’une « libération de la femme » octroyée par une marchandisation du monde, il était plus glorieux de se libérer d’un oppresseur. Ce qui imposait d’en fabriquer un à la hâte ! C’est l’affabulation majeure ! Elle occupe depuis quarante ans une place indue ! Le mauvais tour résout le paradoxe de l’industrialisation du monde. Il impose de nier l’alliance fondamentale, sur laquelle, de tout temps, a reposé l’aventure humaine et de nier la réalité indubitable d’un lien complice dans l’événement de la civilisation. Le mouvement féministe des années 70, qui se revendique d’elle, requalifie l’alliance ancestrale en « colonisation de la femme par l’homme ». Le procédé contraint à une nouvelle rectitude de la pensée, un dogme, que les idéologues libéraux s’empressent d’imposer sous la haute surveillance de la police de la pensée universitaire et médiatique.

« On ne naît pas femme, on le devient ! » 

Dès 1949, la théorie du genre est fondée ! La logique du slogan est simple : le sexe se rapporte au biologique, mais en revanche le genre féminin est reconstruit au travers de la trame socioculturelle. Autant que la Terre, la mutation industrielle transforme l’être humain et l’on peut comprendre que l’on se pose la question du genre. Le vice consiste à rétrocéder l’artifice de la mutation anthropologique contemporaine aux époques qui ne pratiquaient ni la guerre des sexes ni la marchandisation de soi, mais le don. L’agriculture de tout temps fut écologique, jusqu’à notre ère qui l’industrialisa, de même les genres furent naturels, jusqu’au jour où le marché eut besoin d’une nouvelle espèce de masse exploitable. À ce moment-là, la question d’une détermination sociale du genre fut posée. L’ère de l’industrie initia la machinerie de la mutation, elle fabriqua un vivant malléable, diversifié mais toujours standardisé, exploitable, vénal, puis accusa l’innocente tradition du méfait.

Le poncif est : « Domination masculine ou égalité des sexes » ! L’idée de complémentarité, d’alliance et de don réciproque est proscrite. La gloire d’un couple ou d’une famille n’est plus à l’ordre du jour. Ce sont aujourd’hui des femmes seules qui doivent entrer au Panthéon de la gloriole. La capacité féminine d’enfanter, incommensurable privilège, devient un handicap pour la propagande qui prétend que la maternité relègue les femmes du côté du biologique pour mieux réserver aux hommes les honneurs du symbolique.

Il est désormais interdit de penser la différence. Il n’est plus pertinent de concevoir qu’un pompier mâle éteindrait mieux un incendie que son épouse, car l’idée serait alors qualifiée de stéréotype ; mais il est opportun de critiquer l’épouvantail phallocentrique officiel pour se conformer au prêt-à-penser de la police d’opinion. Pourquoi ? Il s’agit, en fait, de nier formellement la réalité du véritable pouvoir, les banques, pour tenter de faire accroire qu’une minable caste dégénérée de mâles poilus gouvernerait le monde. Les statistiques confirmant systématiquement que les femmes bénéficient à tous les âges de leur vie d’une mortalité inférieure à celle des hommes sont nulles et non avenues. L’évidence ne serait qu’une illusion qui cacherait le dessein secret d’un complot universel mâle pour tenir les femmes en état de subordination, en leur imposant un statut inégalitaire.

En réalité, dans le champ social, la chance de l’altérité est inscrite dans la biologie de la différence des sexes. L’homme et la femme sont complémentaires. Lorsqu’ils s’allient, ils créent l’unité et réalisent le plan de la nature. La destinée de l’être humain est en jeu dans cette alternative primordiale qui offre deux options. La première option est celle de l’alliance, i.e. l’esprit associatif de la civilisation, qui donne sa grandeur à l’humanité. La deuxième option est celle de l’individualisme qui s’est répandu dans les foules captives du système pour donner au capital sa grandeur.

La complémentarité asymétrique des sexes est la grâce véritable de la sociabilité, une donnée première dont le principe planifia l’ordre social et culturel sur tous les continents, inlassablement. Dans toutes les cultures, les centres d’intérêts et les jeux des filles ont divergé spontanément de ceux des garçons. La division sexuée des tâches a très peu varié d’une civilisation à l’autre. On peut conclure d’un paradigme qui s’est imposé à tous les peuples, qu’il a probablement une base naturelle. Mais les nouveaux pontifes de la scolastique libérale ont décidé de nous laver le cerveau jusqu’à ce qu’il soit assez transparent pour admettre que l’universalité de l’asymétrie des sexes n’est qu’une illusion appelée à disparaître avec la reconnaissance de la femme en tant que citoyen-objet-droit-de-l’hommiste adapté aux régulations de la modernité.

Cette mutation anthropologique est orchestrée par des prélats vendus au grand capital : idiots utiles, universitaires beauvoiriens (ce qui est un pléonasme), politiciens stipendiés, journalistes corrompus, qui relayent le message d’indifférenciation et de dissociation. Ces imbéciles s’imaginent être en phase avec un mouvement de liberté égalitaire, pensent être utilement favorables aux réformes sociales et croient être courageux parce qu’ils déboulonnent des invariants anthropologiques. Mais ils détruisent en fait des rapports de dépendances mutuels, softs et écologiques qui ont fait notre humanité, les liens d’entraide et les nœuds d’empathie, pour les remplacer par le pire totalitarisme qu’aucune fourmilière n’a jamais osé rêver.

Quand, sous le couvert du drapeau arc-en-ciel, ces cons qui nous servent d’élites auront réussi à effacer tout fondement naturel, ils auront créé la chair-de-base souhaitée par Beauvoir, qui permettra à une femme de devenir un homme, à un homme de devenir une femme : ce matériau neutre et indifférencié susceptible de s’imprégner de tous les colorants et de tous les artifices de l’ère de l’industrie ! Ils pourront alors livrer au capital, qu’ils prétendent combattre, nos vies et nos âmes, dès lors dépourvues de toute valeur, sinon de marché.

[1] Consulter : La démocratie proxénète – 2015 (p. 322-344)

 

Le GSHF : Groupe Sociologie des relations Homme-Femme est un groupe de réflexion issu de la section Rhône-Alpes d’E&R. Son objectif est de démystifier le kit à penser particulièrement toxique que véhiculent médias et universitaires