L’Homme a souvent tendance à accepter et reproduire les manières de penser et d’agir du plus grand nombre, souvent persuadé qu’elles correspondent à des normes et valeurs justes. Qu’en est-il des conformismes comportementaux et idéologiques dont le couple peut être l’acteur ou la victime ? Quels sont leurs natures et leurs effets ?  

Tout d’abord, le regard de l’autre joue un rôle prépondérant. Le souci de ce que pense autrui et la volonté de se fondre dans le moule peuvent amener un conjoint à modifier son attitude dans son couple. Cette situation est similaire à la pression que l’on peut ressentir sur des sujets comme sa réussite professionnelle, l’inquiétude de son apparence physique, la recherche de reconnaissance, de prestige ou de statut social

Par ailleurs, un couple évolue, les critères d’un jour ne sont pas nécessairement ceux du lendemain. Des changements majeurs peuvent se produire, tels qu’un déclassement social, un accident, etc. Un couple peut tout à fait s’être formé sur un malentendu, sur un manque de connaissances de l’autre et de son histoire, sur un défaut d’appréciation. Néanmoins, quelles que soit la forme et l’intensité de l’amour qui l’unit, un couple se stabilise lorsqu’il parvient à établir des compromis vis-à-vis des problématiques sociales.

Nonobstant les métamorphoses et leurs mœurs sexuelles contemporaines originales, déconstruites, le conformisme de base veut qu’un homme et une femme forment un couple, aient des descendants, c’est le ciment des sociétés, c’est la norme par excellence. Il semble, a priori, que vivre seul ne soit pas un « état » naturel ni pour elle ni pour lui. Il s’agit d’une première orthodoxie à laquelle on se confronte étant célibataire. En effet, le célibat n’est historiquement pas une condition sociale normale.

Les généralités étant passées en revue, entrons dans les questionnements contemporains. Les repères permettant de fixer les relations amoureuses ayant explosé après la révolution sexuelle de la deuxième partie du 20e siècle, notre époque connait une incertitude affective. Autrefois, il fallait sublimer les sentiments avant d’accéder au sexe. L’ordre chronologique de constitution des couples tend à s’inverser. La nouvelle règle est de vivre sa sexualité avant d’accéder à une relation sentimentale ou amoureuse. Cependant, l’accumulation de partenaires de jeu s’avère souvent sans issue, déstabilisante et blessante de facto, alors que pour la génération des années 60/70 elle figurait le graal.

Dès lors, comment se structure la relation de couple dans ce climat ? Comment s’exprime l’anxiété générée ?  C’est bien souvent une lutte qui s’opère, la femme et l’homme devant apprendre à négocier leurs interrelations au travers de règles de conduite et de répartitions des tâches, tout en conservant une certaine indépendance, voire autonomie.

Dans la mutation anthropologique contemporaine peut-on discerner une ligne de crête ? Le nouveau conformisme amoureux consiste à rechercher toute forme de relation qui laisse le « moi » aussi libre que possible, tout en lui garantissant une source intarissable de satisfaction. Conséquemment, l’idée de se lier sentimentalement pose inévitablement problème. N’est-ce pas une illusion ? Celle de la toute-puissance du Moi, de la dualité plaisir personnel/bonheur du partenaire, au travers d’attitudes préconçues et finalement trop égocentrées ! Cette dualité entre la dépendance amoureuse et l’importance attribuée à la préservation de l’autonomie est probablement une des causes essentielles de l’explosion des divorces rencontrée ces 40 dernières années et des harmonies fragiles au sein des couples actuels.

Le libéralisme régit la métamorphose. Dans un monde instrumentalisé dans le processus de l’intérêt individuel, fermé à la notion de bien commun, loin d’être une source de satisfaction infinie, le sexe et la liberté sont de nouvelles sources de frustrations. La part grandissante, que les beaux principes d’émancipation et de plaisir – poncifs du marché – prennent dans les nouveaux codes sociaux, est finalement enchâssée dans l’interface marchande qui les a générés. L’amour est-il la rencontre de deux indépendances farouches ou le fait qu’un homme et une femme, mutuellement, se voient devenir interdépendants et l’acceptent ? Est-ce une place faite au cœur et le courage de ne pas avoir honte de cette sentimentalité ?

Les « maîtres-penseurs » ont rejeté le modèle classique et proposent un nouveau conformisme : la liberté des amours sérielles, croisées, et celle des genres, ainsi que les droits nouveaux aux mariages entre personnes de même sexe ou transgenre et à l’adoption. Face à cette problématique inédite, une ultime interrogation se pose, le mariage étant un acte d’alliance conçu pour les enfants, la famille et le bien commun, quel est l’intérêt de l’ouvrir aux excentricités du marché libéral ? En fin de compte, le « mariage pour tous » qui exprime un soudain conformisme assez étonnant vis-à-vis des anciens conformismes sentimentaux et amoureux, n’est-il pas la preuve ultime de l’enfumage qui recouvre le mystère de l’évolution ?

À vrai dire, nul ne sait, quelles seront, à long terme, les conséquences sociales et psychologiques de ce brouillage des repères, quel en sera l’impact sur une institution familiale déjà passablement mise à mal. Mais dans un pays où on ne croit plus à grand-chose de sacré, n’est-il pas logique que l’on s’en prenne à ce qui reste du lien matrimonial traditionnel ? Mais pourquoi donc le principe de précaution – qui a désormais valeur constitutionnelle – ne pourrait-il pas s’appliquer dans ce cas ?

Pour conclure, il est peut-être encore temps de respecter la cellule élémentaire. Les enfants font perdurer la société qui les a vus naître, le conformisme de la procréation sublime l’homme et la femme. Il y a un aspect sacral dans le respect du code de la fécondité, qui va au-delà des règles religieuses, comme un ciment permettant à la société de construire son histoire. Toutes destinées sociétales confondues et au-delà des aléas de personnes, le conformisme conscient ou inconscient du couple naturel est encore pertinent, car il sécurise l’alliance en gage d’une assurance pour l’avenir. Les hommes et les femmes qui, reproduisant les manières de penser et d’agir du plus grand nombre, suivent le conformisme de l’instinct humain originel ont donc raison.

David

Le GSHF : Groupe Sociologie des relations Homme-Femme est un groupe de réflexion issu de la section Rhône-Alpes d’E&R. Son objectif est de démystifier le kit à penser particulièrement toxique que véhiculent médias et universitaires