L’autre soir, je dînais chez des amis tous deux profs dans le secondaire. Je dois bien avouer qu’ils ne sont pas très « Charlie » malgré leur profession et les valeurs qu’elle incombe. Nous discutons de choses et d’autres comme nous le faisons habituellement quand vient le sujet du « lavage de cerveau à l’école » (j’avoue qu’il nous arrive d’être quelque peu conspirationnistes). Mon hôte me confie à ce sujet un document sur lequel son fils, qui est en CE1 a dû travailler au mois de Juin 2015. Le voici :

• Auteur : Thierry LENAIN
• Illustrateur : Delphine Durand
• Éditeur : Nathan Collection : Première lune

« Dans ce pays il y avait un village. Dans ce village, une école. Dans cette école, une cour. Et dans cette cour, un enfant tout seul : Lucien.

Pourtant, autrefois, Lucien avait une bande. C’était même lui le chef. Dans sa bande, il y avait : Anaïs, Benjamin, Judith, Jérôme, Lâo, Loïc, Manuel, Karina et Mathieu. Mais aujourd’hui, c’est terminé. Voulez-vous savoir pourquoi ?

Un matin, une nouvelle élève arrive à l’école. Elle s’appelle Khelifa. Lâo propose à Khelifa de faire partie de la bande. Lucien ne veut pas.

Lâo : Pourquoi tu ne veux pas ?
Lucien : Parce qu’elle n’est pas française.
Lâo (étonné) : Comment tu le sais ?
Lucien : Tu es bigleux ou quoi ? Elle est arabe !
Lâo : Et alors ? Être arabe, ça n’empêche pas d’être français…
Lucien (énervé) : Arabe, ce n’est pas pareil que nous !
Lâo : Pas pareil que qui ?
Lucien (très énervé) : Pas pareil que toi et moi !
Lâo : Et alors ? Toi et moi non plus, on n’est pas pareil !
Lucien (très très énervé) : C’est toi qui n’es pas pareil !
Lâo : Ah oui ? Alors, salut.
Lucien (surpris) : Où vas tu ?
Lâo : Avec celle qui n’est pas pareille !
Voilà comment il y eut un enfant de moins dans la bande de Lucien.

Manuel s’approche de Lucien.
Manuel : Pourquoi tu dis que Lâo n’est pas pareil ?
Lucien (moqueur) : Tu as entendu son père ? Il parle chinois !
Manuel (étonné) : Qu’est ce que ça peut faire ?
Lucien : Pour être dans ma bande, il faut que notre père parle français.
Manuel (fronçant les sourcils) : Et notre grand père, il doit aussi parler français ?
Lucien : oui ! Et notre mère aussi, et notre grand-mère aussi !
Manuel (tournant les talons) : Mon grand-père parle seulement portugais. Alors salut.
Lucien (vexé) : C’est ça ! Les étrangers avec les étrangers !
Voilà comment il y eut deux enfants de moins dans la bande de Lucien.

Anaïs, Judith et Karina, les trois filles de la bande, s’approchent à leur tour de Lucien.
Judith : Qu’est ce que tu racontes ? On s’en fiche que le grand père de Manuel ne parle pas français.
Karina : Et si son père ne parle pas français, on s’en fiche aussi !
Anaïs : Et si Manuel ne parlait pas français… on lui apprendrait !
Lucien (menaçant) : Vous les filles, bouclez la !
Les filles : Adieu Adieu, monsieur le chef !
Lucien (marmonnant) : C’est ça… Bon débarras…
Voilà comment il y eut cinq enfants de moins dans la bande de Lucien.

Benjamin passe alors par là.
Lucien : Bouboule ! Va dire à ces imbéciles que ce sont des crétins !
Benjamin (bredouillant) : J’aime pas… Quand tu m’appelles Bouboule.
Lucien (moqueur) : Bouboule ?
Benjamin (la voix tremblante) : Non… Pas Bouboule…
Lucien (insistant) : Pourquoi… Bouboule ?
Benjamin (fuyant) : Je ne veux plus que tu sois mon chef !
Lucien : C’est ça ! Le patapouf avec les filles et les étrangers !
Voilà comment il y eut six enfants de moins dans la bande de Lucien.

Très en colère, Lucien appelle Loïc et Mathieu.
Lucien (autoritaire) : Allez casser la figure à ces minables !
Loïc : Heu, Je n’aime pas me battre…
Mathieu : Moi non plus !
Lucien (ricanant) : Trouillards !
Mathieu et Loïc (ensemble) : Tu n’as qu’à y aller toi même !
Loïc (entraînant Mathieu) : Nous on préfère jouer avec eux…
Lucien : Dégonflés ! Femmelettes !
Voilà comment il y eut huit enfants de moins dans la bande de Lucien.

Dans l’ombre de Lucien, Jérôme a assisté à toute la scène.
Il admire Lucien, qui parle haut et fort. Mais en même temps, Lucien lui fait peur.
Surtout quand il a les poings serrés et les yeux qui lancent des flammes, comme en ce moment. Aussi, Jérôme préfère s’éloigner à pas de chat…

Lucien (rugissant) :
Où vas-tu ?

Jérôme (bégayant) : Ben… On est plus que deux…
Lucien : Tu m’abandonnes ?
Jérôme (s’éloignant à reculons) : Non… mais … je …
Lucien : C’est ça, va-t’en, sale traître !
Voilà comment il y eut neuf enfants de moins dans la bande de Lucien.

Hors de lui, Lucien monte sur un banc.
Il hurle : C’est moi le chef ! C’est moi le chef !
Khelifa vient alors vers lui. Elle dit à Lucien : Tu aboies comme un chien qui a peur… Descends de là, et viens jouer avec nous.
Lucien (aboyant) : Vous n’êtes pas comme moi !
Khelifa (soupirant) : Comme tu veux…
Voilà pourquoi dans la cour de cette école de ce village de ce pays, Lucien resta seul avec l’unique enfant pareil que lui, lui ! »


FIN

 


 

Je suis donc, certainement comme vous d’ailleurs, tout à fait rassuré sur la manière dont on enseigne le refus du racisme à l’école en effet. Je me permettrai donc un commentaire (en rouge) de l’excellent ouvrage que nous propose monsieur Thierry LENAIN édité par Fernand NATHAN. Pour ceux qui voudraient connaître un peu mieux l’auteur je vous propose de consulter sa page Wikipedia et à googeliser son nom…

 

A moi maintenant !

« Dans ce pays il y avait un village. Dans ce village, une école. Dans cette école, une cour. Et dans cette cour, un enfant tout seul : Lucien.

Notons ici que l’auteur, qui semble être contre toute forme de stigmatisation, prend bien soin de dire « dans ce pays » histoire de ne pas froisser quiconque… Ah merde ! Le titre s’appelle vive la France. Il semblerait donc qu’on va stigmatiser le français moyen. Curieux… Paradoxal vous dites ?

Pourtant, autrefois, Lucien avait une bande. C’était même lui le chef. Dans sa bande, il y avait : Anaïs, Benjamin, Judith, Jérôme, Lâo, Loïc, Manuel, Karina et Mathieu. Mais aujourd’hui, c’est terminé. Voulez-vous savoir pourquoi ?

Qu’a donc pu faire Lucien pour perdre tous ses amis trop cools ?

Un matin, une nouvelle élève arrive à l’école. Elle s’appelle Khelifa. Lâo propose à Khelifa de faire partie de la bande. Lucien ne veut pas.

Lâo : Pourquoi tu ne veux pas ?
Lucien : Parce qu’elle n’est pas française.
Lâo (étonné) : Comment tu le sais ?
Lucien : Tu es bigleux ou quoi ? Elle est arabe !
Lâo : Et alors ? Être arabe, ça n’empêche pas d’être français…
Lucien (énervé) : Arabe, ce n’est pas pareil que nous !
Lâo : Pas pareil que qui ?
Lucien (très énervé) : Pas pareil que toi et moi !
Lâo : Et alors ? Toi et moi non plus, on est pas pareil !
Lucien (très très énervé) : C’est toi qui n’es pas pareil !
Lâo : Ah oui ? Alors, salut.
Lucien (surpris) : Où vas tu ?
Lâo : Avec celle qui n’est pas pareille !
Voilà comment il y eut un enfant de moins dans la bande de Lucien.

Ici, notre ami Lucien, est visiblement une personne qui s’énerve facilement et qui fait preuve d’intolérance vis à vis des gens qui ne sont pas pareils que lui. On pourrait croire à ce moment de l’histoire que ce garçon n’est pas vraiment un gars bien.

Manuel s’approche de Lucien.
Manuel : Pourquoi tu dis que Lâo n’est pas pareil ?
Lucien (moqueur) : Tu as entendu son père ? Il parle chinois !
Manuel (étonné) : Qu’est ce que ça peut faire ?
Lucien : Pour être dans ma bande, il faut que notre père parle français.
Manuel (fronçant les sourcils) : Et notre grand père, il doit aussi parler français ?
Lucien : oui ! Et notre mère aussi, et notre grand-mère aussi !
Manuel (tournant les talons) : Mon grand-père parle seulement portugais. Alors salut.
Lucien (vexé) : C’est ça ! Les étrangers avec les étrangers !
Voilà comment il y eut deux enfants de moins dans la bande de Lucien.

Le cas Lucien s’aggrave. Il ne supporte pas les gens qui sont différents et quand ils ne parlent pas sa propre langue. D’ailleurs, Lucien est tellement vicieux qu’il demande presque les arbres généalogiques de ses amis afin de vérifier leur fréquentabilité. On pourrait même ajouter que Lucien n’hésiterait pas une seconde s’il en avait les moyens à mettre les gens différents entre eux dans des ghettos. Une scène relativement réaliste et coutumière dans les cours de récré… Il faut le dire.

Anaïs, Judith et Karina, les trois filles de la bande, s’approchent à leur tour de Lucien.
Judith : Qu’est ce que tu racontes ? On s’en fiche que le grand père de Manuel ne parle pas français.
Karina : Et si son père ne parle pas français, on s’en fiche aussi !
Anaïs : Et si Manuel ne parlait pas français… on lui apprendrait !
Lucien (menaçant) : Vous les filles, bouclez la !
Les filles : Adieu Adieu, monsieur le chef !
Lucien (marmonnant) : C’est ça… Bon débarras…
Voilà comment il y eut cinq enfants de moins dans la bande de Lucien.

Sans déconner ! Ce pourri de Lucien « menace » les filles et fait preuve d’une misogynie crasse et établie. De mieux en mieux !

Benjamin passe alors par là.
Lucien : Bouboule ! Va dire à ces imbéciles que ce sont des crétins !
Benjamin (bredouillant) : J’aime pas… Quand tu m’appelles Bouboule.
Lucien (moqueur) : Bouboule ?
Benjamin (la voix tremblante) : Non… Pas Bouboule…
Lucien (insistant) : Pourquoi… Bouboule ?
Benjamin (fuyant) : Je ne veux plus que tu sois mon chef !
Lucien : C’est ça ! Le patapouf avec les filles et les étrangers !
Voilà comment il y eut six enfants de moins dans la bande de Lucien.

Lucien pour arranger son cas ridiculise et humilie ses camarades à propos de leur physique désavantageux. Personne n’ose se moquer du physique des autres dans les cours d’école, à part le souchien raciste c’est bien connu.

Très en colère, Lucien appelle Loïc et Mathieu.
Lucien (autoritaire) : Allez casser la figure à ces minables !
Loïc : Heu, Je n’aime pas me battre…
Mathieu : Moi non plus !
Lucien (ricanant) : Trouillards !
Mathieu et Loïc (ensemble) : Tu n’as qu’à y aller toi même !
Loïc (entraînant Mathieu) : Nous on préfère jouer avec eux…
Lucien : Dégonflés ! Femmelettes !
Voilà comment il y eut huit enfants de moins dans la bande de Lucien.

Lucien est donc un tyran, qui en plus n’a pas le courage de se salir les mains. Bravo on avance !!! Le terme femmelettes démontre une nouvelle fois sa haine des femmes et oserai-je dire sans exagérer son homophobie ?


Dans l’ombre de Lucien, Jérôme a assisté à toute la scène. Il admire Lucien, qui parle haut et fort. Mais en même temps, Lucien lui fait peur. Surtout quand il a les poings serrés et les yeux qui lancent des flammes, comme en ce moment. Aussi, Jérôme préfère s’éloigner à pas de chat…

Lucien (rugissant) : Où vas-tu ?
Jérôme (bégayant) : Ben… On est plus que deux…
Lucien : Tu m’abandonnes ?
Jérôme (s’éloignant à reculons) : Non… mais … je …
Lucien : C’est ça, va-t’en, sale traître !
Voilà comment il y eut neuf enfants de moins dans la bande de Lucien.

Lucien rugit ! La bête immonde est là ! Elle sommeillait en lui et elle vient de se réveiller !!! La preuve ! Ses yeux sont en flammes ! C’est quasiment le diable incarné !

Hors de lui, Lucien monte sur un banc.
Il hurle : C’est moi le chef ! C’est moi le chef !
Khelifa vient alors vers lui. Elle dit à Lucien : Tu aboies comme un chien qui a peur… Descends de là, et viens jouer avec nous.
Lucien (aboyant) : Vous n’êtes pas comme moi !
Khelifa (soupirant) : Comme tu veux…
Voilà pourquoi dans la cour de cette école de ce village de ce pays, Lucien resta seul avec l’unique enfant pareil que lui, lui ! »

Lucien crie du haut de son banc, sa tribune pourrait on dire… Il éructe !
Ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? Lucien aboie, il ne rugit plus. Ce n’est pas un Lion ! Ce n’est qu’un chien ! Voir un sous-chien !

FIN

 


 

En résumé, pour ceux qui n’auraient pas compris : Qui en France peut cumuler le fait d’être raciste, misogyne, intolérant, autoritaire, incapable de pratiquer le « vivrensemble », le fait d’agir comme un animal sauvage idiot, un nazi, un homophobe diabolique, et ce sans aucune raison objective ?
LE FRANÇAIS BOUSEUX DE SOUCHE ! À part ça, pas d’amalgame s’il vous plaît ! Et encore moins à l’école !

Bon courage à vous qui avez des enfants en cette rentrée 2015.
La réconciliation sera difficile mais nous nous y attelons.

 

Le Duc de Savoie