En octobre dernier, un fait-divers devenu banal s’est produit à Marseille. Dans un hall d’immeuble, des adolescents ont été assassinés par une bande rivale équipée d’armes automatiques.

Tout aussitôt, une politicienne, Samia Ghali (Sénatrice des Bouches-du-Rhône, Maire des 15e et 16e arrondissements, Conseillère communautaire à la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, Présidente du groupe socialiste) a lancé : « où sont les Pères ? » pères qui, à ses yeux, portaient une lourde responsabilité. Quelques années auparavant, la même femme politique avait fait le buzz, elle avait demandé, après quelques décharges d’AK 47, l’intervention de l’armée pour pacifier Marseille, appel sans écho, sauf pour l’électorat.

Une fin aussi expéditive pour des délinquants en bas âge interpelle, par sa violence, quelle loi, règlement enfreignaient-ils donc ? Aucun ! Ils se soumettaient sans le savoir au libre-échange pour les nuls. Le hall d’immeuble n’est rien d’autre qu’un paradis fiscal où se détaillent les barrettes de shit qui peuvent rapporter très gros, quand ce n’est pas du plomb. Guerre de territoires tout simplement, où, temps modernes obligent, le 9 mm remplace désormais le désuet cran-d’arrêt qui demandait plus de courage par la proximité physique des affrontements.

Le plus étonnant serait plutôt l’âge des victimes leur précocité dans ce type de business qui exige une organisation toute militaire et un encadrement par des chefs de bandes… (de vingt ans en l’occurrence). Ces gars-là ont-ils, par des capacités hors du commun, franchi les grades au mérite ? Que nenni, mais ils ont bénéficié de la mise au cachot de leur hiérarchie. Par ailleurs, il est nécessaire de faire bouillir la marmite de l’économie de marché, comme chacun le sait, le PIB intégrera sous peu la prostitution et certainement les drogues. Donc, ne pas lâcher, pour l’intérêt national, une activité économiquement honorable et tenir bon le cap, même quand la concurrence émet un avis frappant d’alignement les hommes d’affaires en herbe.

De tout temps, avant la révolution du libre-échangisme, l’enfant par imprégnation, imitation apprenait le métier et les codes sociaux de ses parents. Mais le vieux modèle est frappé d’obsolescence, jeté aux orties. L’icône du travailleur liée aux trente glorieuses fut dégradée par décret de mai 68 promouvant la licence des mœurs en libération sexuelle, avortements pour le fun ; mais dans le même mouvement fut sublimé le principe de l’emprunt des états au secteur privé et la Dette.

Avant cette nouvelle ère, le père fournissait une activité décemment rémunérée dans les divers secteurs économiques où il se trouvait considéré. Le travailleur bénéficiant de la cohésion des mouvements sociaux avait regagné quelques lettres de noblesse, mais devenait un poids pour le pouvoir financier qui, dans un premier temps, mit dans les têtes féminines des illusions de carrière pour celles qui rêvaient d’émancipation dans le salariat mercenaire et, pour les moins ambitieuses, une rétribution de leur rôle de génitrice par la CAF nouvelle corne d’abondance. Subitement le salaire des hommes baissa ! Cette époque fut, pour les femmes, celle de « l’affranchissement du joug masculin », de la « délivrance » dont rêvaient déjà leurs mères beauvoiriennes. Le challenge pour toutes fut l’éducation des enfants débarrassée de ses références masculines, une bombe à retardement…

Dès lors, la propagande hollywoodienne définit et diffusa les standards de la réussite masculine. L’homme des salles obscures et du petit écran roule en berline de marque allemande, jouit d’un compte en banque confortable, ne travaille jamais, déambule sous le soleil des caraïbes puis, à l’aide d’un jet supersonique, jaillit sur les pistes de Chamonix avec toujours au bras une créature de rêve, tout ceci pimenté de la loi du plus fort. Comment l’humble père de famille pouvait-il tenir une aura auprès de ses enfants ? De toute évidence il perdit la face et tout prestige pour des contrefaçons de la société spectaculaire. Les jamais adultes, eux, devaient signer le pacte à la banque du paraître et par toutes les méthodes possibles en rembourser les accréditations.

Les jeunes délinquants de Samia Ghali ont usurpé, par la manne financière issue de juteux trafics, le rôle des pères défaillants, partis ailleurs planter leurs choux, l’on ne pourrait rêver de plus doux Œdipe, si Sigmund ne s’était fourré le doigt dans l’œil.

Faire bouillir la marmite familiale est un détail désormais désuet, le train de vie signifiant la réussite passe par l’ostentation incarnée en des carrosses rutilants, trop voyants, incompatibles avec ce que la prudence exige. Pour ceux qui friment quand leur magot grossit, celui-ci attise la convoitise du trésor public qui, mû par un instinct de prédateur confirmé, déchaîne les foudres de la répression. Finalement, les pseudos caïds pris la main dans le sac n’étaient qu’un relais, des percepteurs qui s’ignorent, devant laisser, sans avoir rien compris, leur richesse au fisc et leurs terrains de jeu et rêves de sable à une nouvelle génération encore plus jeune, encore plus inculte et imprudente que la précédente. Pour certains déchus, un autre tour de piste les attend, le djihad, ça fonctionne toujours…

Un documentaire animalier en apprenait beaucoup sur la conduite des ados privés de référence adulte. En Afrique du Sud, dans le parc national Kruger, plusieurs rhinocéros furent retrouvés assassinés. Les traces conduisirent les gardes sur la piste de deux éléphants mâles, adolescents, orphelins fraîchement réintroduits dans la nature dont le plaisir était d’agresser les autres pachydermes en extinction jusqu’à leur mort. Situation très critique, devait-on abattre les hooligans ? C’est alors qu’apparurent des éléphants mâles adultes qui ramenèrent les voyous à une conduite pacifique en leur servant d’éducateurs (tellement simple !) Pour les mammifères sociaux supérieurs que nous sommes nous aussi, ce ne peut être que d’adultes naturellement libres et du même sexe, dotés d’émotions similaires et auxquels nous pouvons nous identifier que nous pouvons hériter un savoir-vivre et un sens civique adéquat.

À une autre occasion, lors d’une prise de contact avec une association souhaitant établir un foyer dans le voisinage pour ados aux portes de la délinquance, une question fut abordée sur les origines familiales de ces gosses mal barrés. Venaient-ils de familles monoparentales ? La question surprit, dérangea. Les éducateurs répondirent que ce n’était pas la généralité, la juge pour enfants, elle, confirma avec un hochement de tête : « si, essentiellement de la monoparentalité ! »

La question serait de savoir pourquoi un tel état de fait est devenu banal, à quoi cela sert, qui peut profiter de tout cela ?

La réponse fut apportée par un entretien d’Aaron Russo, qui expliquait la création, promotion, du féminisme par la toute finance, ses finalités. Une application dans les milieux afro-américains, où le mouvement black Panthers devenait une force de revendication, de progrès pour les droits de ces citoyens de seconde zone. Cela ne fit ni une ni deux, l’héroïne de Vientiane puis la coke voyageant sur Air America furent appliquées à la communauté pauvre, comme le firent les Anglais pour réduire la Chine sous l’époque victorienne. Les services sociaux peuplés d’assistantes féministes offrirent des rentes en allocations aux mères de famille à la condition qu’elles vivent sans homme. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire le taux d’enfants de familles illégitimes noirs passa de dix à quatre-vingt-dix pour cent, les hommes retournèrent à une pire condition.

Le prolétaire pourvu d’une famille est toujours une menace, s’il retrouve la cohésion, avec d’autres partageant sa condition. A contrario, il devient aisé de le contrôler quand les alliances conjugales et familiales sont rompues. Simple technique d’ingénierie sociale, au moyen de drogues, allocations et casse idéologique du couple.

Il est possible de comprendre pourquoi le travail des policiers est systématiquement anéanti, que des quartiers soient devenus des zones de non droits. La synthèse perverse nous amène aussi à la théorie du genre, il faut pacifier l’homme dès la petite enfance. Trop facile, puisque les exemples de violence médiatisés proviennent de faux adultes aliénés par l’absence de pères dignes de ce nom, avilis par l’argent facile des drogues et par les fausses images de la virilité dispensées par Hollywood.

La question de Samia Ghali amène une réponse. On ne peut vouloir une chose et son contraire, rejeter le chef de famille et obtenir de cette option libérale des enfants équilibrés. La propagande politique, que votre parti défend Madame, prône des hommes roses, une éthique neutralisée par l’interdiction de définir une notion collective du bien et du mal, la sacralisation de l’individualisme, voire du nihilisme, la diffamation de toute virilité sous le faux prétexte d’une « émancipation féminine »[1]. Les socialistes maudissent les effets dont ils chérissent les causes et leur employeur, le pouvoir financier, chérit ce qu’il prétend proscrire. Où sont les pères ? Mais là où vous les tenez Madame la Sénatrice !

Jean-Jacques


[1]L’expression juridique « en bon père de famille » disparait du droit en vigueur le 12 août 2014.

 

Le GSHF : Groupe Sociologie des relations Homme-Femme est un groupe de réflexion issu de la section Rhône-Alpes d’E&R. Son objectif est de démystifier le kit à penser particulièrement toxique que véhiculent médias et universitaires