« À mesure que diminue la liberté économique et politique,
la liberté sexuelle a tendance à s’accroître en compensation. »

Le meilleur des mondes, Aldous Huxley


Mère de famille désappointée, j’ai recueilli les informations présentées dans cet article afin de comprendre. J’avais fait le choix d’inscrire mon enfant dans une école catholique pour qu’il ne subisse pas de « fracture morale » entre les valeurs inculquées à la maison et celles enseignées à l’école. Je souhaitais une cohérence éducative qui, loin de me discréditer, donnerait du sens à ce que je lui transmets jour après jour. Je suis tombée de haut… Tour d’horizon d’une institution en plein effritement.

 

Témoignage

Tout commence par une réunion d’information organisée par l’école catholique où est scolarisé mon enfant : il s’agit de révéler aux parents d’élèves le contenu de cours d’éducation relationnelle et sexuelle ayant déjà eu lieu. L’école a fait le choix de compléter les cours de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) sur la reproduction humaine par les interventions d’un réseau indépendant agréé par la Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique. Lors de la réunion, les intervenantes se montrent rassurantes et affirment que,  si elles n’évoquent aucun principe religieux, leurs valeurs s’appuient néanmoins sur une « sexualité fondée sur une anthropologie chrétienne » : importance du sentiment amoureux, respect de l’autre, éducation à la sexualité qui va au-delà de la simple prévention en « donnant du sens », etc.  Après une brève évocation du contexte actuel – révolution sexuelle, Gender, sexualisation de plus en plus précoce – elles nous dévoilent comment elles ont abordé la sexualité auprès des élèves de CM2, en répondant aux questions des enfants, écrites anonymement sur des bouts de papier. À titre d’exemple, voici un petit florilège de questions recueillies par les associations R2I et Sesame, toutes deux recommandées par l’enseignement catholique : Pourquoi doit-on faire l’amour pour avoir des bébés ? Quelle différence entre amour et amitié ? Qu’est-ce qu’un sextoy ? C’est quoi la sodomie ? Comment être sûr de son orientation sexuelle, etc.


Deux tiers des enfants de CM2 auraient déjà été en contact avec des images ou vidéos à caractère sexuel voire pornographique… le chiffre surprend, mais ne justifie pas une telle immiscion dans ce qui relève de l’intime : que fait-on du tiers restant, enfants dont l’innocence est encore préservée ? Est-il si indispensable qu’ils sachent à quoi s’attendre dès 10 ans (et encore : les programmes prévoient que l’éducation sexuelle débute en CP) ? On me répond que nos enfants ne vivent pas au pays des bisounours, qu’avec les smartphones, ils sont en contact avec la réalité, et qu’il est donc mieux pour eux d’en parler à l’école. Et de rajouter que je devrais m’estimer heureuse car dans les collèges publics, on en est déjà aux travaux pratiques, avec enfilage de préservatifs sur des supports incongrus. Quel étrange raisonnement, ne trouvez-vous pas ?

Il rappelle les sophismes rabâchés pour justifier la légalisation de l’IVG ou le mariage pour tous : « l’avortement est déjà pratiqué clandestinement DONC il faut l’autoriser » ; « les parents homosexuels adoptent ou procréent déjà à l’étranger, DONC il faut légaliser leur existence en tant que famille et financer la PMA/GPA ». De même, au lieu d’interdire, par exemple, les smartphones à l’école, on nous déclare : « La pornographie est accessible à tous, nos enfants sont sur-exposés DONC il faut en parler en classe dès le plus jeune âge. » Lorsque je soumets cette remarque à la directrice de l’école, elle me répond d’un ton condescendant que l’on n’est pas là pour dire ce qui est bien ou mal, ni juger – et encore moins froisser les parents d’élèves athées : un relativisme absolu bien éloigné de la parole du Christ.

 

Ouvrage du Père Jean-Benoît Casterman

En leur coupant l’herbe sous les pieds, on retire aux parents la possibilité d’exercer ce devoir et droit premier, inaliénable et reconnu par l’Église, d’être les premiers éducateurs de leurs enfants. Ils sont pourtant les mieux placés pour jauger la maturité de leur enfant, et discerner le moment adéquat pour en parler. Chaque enfant est différent : certains sont prêts à 10 ans, d’autres à 15 ou 18 ans !

Anticiper de la sorte est intrusif voire incitatif : « On va vous parler de choses de grands mais attention, les rapports sexuels sont interdits avant 15 ans ».
Jean Matos, chargé de mission pour les questions éthiques et consultant auprès de l’enseignement catholique, défend l’Éducation affective, relationnelle et sexuelle tout en affirmant que  « les parents ont toute légitimité à aborder ce sujet avec [leurs enfants] mais les éléments de réponse varient en fonction des âges. Ce dialogue peut commencer dès la petite enfance, cependant il n’est pas toujours utile de devancer les questions au risque d’être parfois un peu décalé et de susciter des questions que l’enfant ne s’est pas encore posées lui-même. » Quel tact lexical ! Maniement de l’euphémisme : 10/10 .

J’ajouterai, si M. Matos me le permet, que devancer les questions, c’est briser l’immaturité synonyme d’innocence et d’imagination. C’est ternir l’image de la relation amoureuse et abîmer l’aura des parents en tant que couple.

Admettons que les géniteurs ne soient pas forcément – du moins pas toujours – les meilleurs interlocuteurs pour parler de ces choses-là ; ils doivent être à l’écoute, tout en acceptant que leur enfant puisse en parler à l’extérieur de la famille, soit. Mais l’État, par l’intermédiaire de ses enseignants et associations subventionnées, est-il mieux placé ? L’éducation à la « santé sexuelle » fait-elle partie de ses attributions ? Les objectifs que se fixe le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes sont édifiants, puisqu’il s’agit de « doter (les jeunes) des connaissances, compétences et savoirs-être dont ils et elles ont besoin pour une vie sexuelle et affective épanouie ».

Extrait de la BD « La sexualité et nous »

 

L’État s’arroge des missions qui outrepassent sa fonction. Il s’agit bien là d’une pure et simple administration de la vie sexuelle sociale, une politique du contrôle des corps analysée par Michel Foucault dans La volonté de savoir. Le philosophe y décrit la façon dont le capitalisme se développe grâce à un « bio-pouvoir » qui rationalise les corps, y compris dans leur dimension sexuée.

En 1976, lorsqu’il publie son Histoire de la sexualité, l’information sexuelle est déjà au programme de l’Éducation Nationale depuis trois ans ; mais elle est dissociée de l’éducation sexuelle, facultative.

 

Bref historique de l’éducation sexuelle

La problématique d’une éducation sexuelle dispensée par l’école surgit après la guerre : un rapport publié en 1948, dans le cadre du Plan de modernisation du système éducatif, dénonce le fait que « Les enfants et les adolescents s’instruisent entre eux de la façon la moins morale et la plus malfaisante ».   Le projet initial – qui ne sera finalement pas mis en application – de contenir les expressions sexuelles des adolescents, va évoluer, avec l’avènement de la psychanalyse, l’impact du rapport Kinsey et la révolution sexuelle vers un accompagnement du développement psycho-sexuel. Certaines fédérations de parents d’élèves protestent déjà contre ce qu’ils estiment être une vaste entreprise de libération sexuelle.

 

Explications de Judith Reisman et Marion Sigaut sur le rapport Kinsey

L’apparition du Sida dans les années 80 offre aux gouvernements successifs l’alibi idéal pour instaurer une éducation sexuelle obligatoire. En 1985, la Circulaire Chevènement introduit l’éducation sexuelle à l’école primaire et en 1992, un décret favorise les relations entre les associations et le monde de l’éducation. Les circulaires vont s’enchainer à un rythme soutenu, dépassant l’aspect purement préventif pour intégrer au fil des textes des dimensions psychologiques, affectives, socio-culturelles et morales.

La loi du 4 juillet 2001 relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception rend obligatoire une information et une éducation sexuelles dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles, soit 36 leçons du CP à la Terminale. La circulaire de 2003 qui va suivre précise que « tous les personnels, membres de la communauté éducative, participent explicitement ou non, à la construction individuelle, sociale et sexuée des enfants et adolescents ». L’année 2011 voit quant à elle l’introduction du concept de « genre » dans les manuels de SVT. Puis, en 2013, cerise sur le gâteau, les ABCD de l’égalité, prélude au Plan d’Action pour l’Égalité entre les filles et les garçons à l’école, qui est une pure et simple rééducation des enfants : confusion entre différence et inégalité, négation de l’inné, fabrication de petits êtres indifférenciés.

Remarquons à ce sujet que, dès 2010, la Direction Diocésaine des Écoles Catholiques (DDEC) de Blois, en véritable laboratoire pédagogique, fait expérimenter par ses établissements une série de propositions dictées par l’ONU dans le cadre de la « Décennie internationale de la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde (1)». Lutte contre les stéréotypes et le sexisme, promotion de la mixité, de l’égalité femmes-hommes, ou des droits des femmes et des citoyennes : le programme est complet. La très précurseur DDEC de Blois n’hésite pas à préconiser l’utilisation du dossier pédagogique Genre conçu par la Coordination pour la Décennie :  « Qui fait kiffer l’autre », Je décore une chambre de fille, tâches ménagères : que fait papa, que fait maman ? Etc.
Le Ministère de l’Amour décrit par Orwell dans 1984 n’aurait pas fait mieux : une véritable torture !

 

Ainsi, l’ouverture à tous pratiquée par l’école catholique s’est faite au prix d’une pseudo-neutralité bien pensante qui frise l’apostasie. Vidée de sa substance religieuse, elle s’apparente de plus en plus à une école publique payante pour petite bourgeoisie (la grande, elle, se paie des écoles hors-contrat!)

Comment a-t-on pu subvertir cette institution brillante, qui pendant des siècles avait été le bras droit de l’Église en France ? Pour mieux comprendre, il faut connaître le fonctionnement interne du système éducatif privé – certes, complexe : ne nous perdons pas dans les sigles !

 

Organisation des écoles subventionnées

Quels sont les financements ? Qui fixe les programmes ? Qu’en est-il de la liberté pédagogique ?
Il existe deux statuts pour les écoles catholiques :

Le régime hors contrat, minoritaire, permet aux écoles de s’affranchir largement de la tutelle de l’État, moyennant des frais de scolarité exorbitants (comptez entre 400 et 700€/mois). Ces écoles privées sont libres de recruter comme elles l’entendent directeur et enseignants, et le contrôle qu’effectuent les inspecteurs de l’Éducation Nationale s’y résume à une visite annuelle de courtoisie.

Mais la majorité des établissements est actuellement dans un régime mixte, c’est à dire ni tout à fait privé, ni tout à fait public, mais contractuel. Cet enseignement sous contrat permet aux professeurs du privé d’être rémunérés par le ministère de l’Éducation Nationale. Ils ne sont pas pour autant fonctionnaires, mais sont soumis au devoir de réserve (refus de tout contenu d’enseignement attentatoire à ceux qui pratiquent une autre religion ou qui n’en n’ont pas du tout) et doivent appliquer à la lettre les programmes de l’Éducation Nationale. Les communes prennent en charge une partie des dépenses de fonctionnement des établissement sous contrat. Le reste est à la charge des familles.

Les écoles sous contrat pourraient recruter leurs professeurs directement auprès du rectorat, comme le prévoit la loi, mais cette tâche a été déléguée aux directeurs diocésains – nommés par les évêques –  qui, bien que n’ayant qu’un rôle consultatif, ont, de fait, monopolisé le placement des professeurs diplômés. Directeurs et enseignants doivent en effet, pour pouvoir être recrutés, obtenir un préaccord collégial décerné par la Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique (DDEC).

Le directeur d’établissement, qui recrute les professeurs, est lui-même recruté par un organisme de gestion, l’OGEC. Cet OGEC est en outre responsable de la gestion économique, financière et sociale de son établissement.

Les contenus de l’enseignement catholique sont fixés par deux textes pour le moins antagonistes : la loi Debré de 1959 d’un côté, qui affirme la liberté de conscience et l’ouverture à tous, et le Statut de l’Enseignement catholique en France d’autre part, qui place l’Évangile comme référence constante des projets éducatifs car « c’est le Christ qui est le fondement du projet éducatif de l’école catholique ». Ce statut donne une orientation, mais laisse à chaque école la liberté de définir son caractère propre, par l’intermédiaire du projet éducatif de l’établissement.

Malgré cette relative liberté, le contrat d’association qui lie l’enseignement catholique à l’État fonctionne comme un étau. Assujetti à des programmes parfois en contradiction avec les valeurs chrétiennes, et dépendant des financements publics, sa soumission est parachevée par un mode de recrutement donnant beaucoup de pouvoir aux directions diocésaines et au secrétariat général qui les chapeaute à l’échelle nationale – voir à ce sujet l’excellent blogue de Pierre de Laubier, ancien professeur et auteur de L’école privée… de liberté.

Un noyautage structurel

La tutelle exercée sur l’enseignement catholique à la fois par l’État et par le secrétariat général ne seraient pas funestes si elles étaient efficacement contre-balancées par les organismes chargés de les contrôler. Mais ces structures sont impuissantes voire parasitées.

Plusieurs conflits entre des OGEC et des directions diocésaines illustrent la toute puissance de ces dernières, notamment lorsqu’elles décident, sans consultation ni préavis, de fermer des établissements dits non rentables, comme le Collège du Sacré-Coeur à Sévérac-le-Château, l’école la Providence à Arras, Saint-Joseph d’Ambrières-les-Vallées, l’internat Saint-Charles à Paris, etc.

L’Apel, de son côté, est la seule association de parents d’élèves reconnue dans le Statut de l’Enseignement catholique. Elle a la responsabilité de représenter les parents, au sein des établissements comme auprès des responsables de l’Institution scolaire et des pouvoirs publics.

Un monopole de la représentation des parents d’élèves digne du parti unique bolchévique… d’autant que l’Apel national (Unapel) et la fédération nationale des OGEC, ont à leur tête des présidents « arrivés là par un  jeu subtil de cooptation » , et qui font « cause commune avec le secrétariat général » – selon les termes de Pierre de Laubier. Rendons toutefois justice aux Apel locales, au sein desquelles il existe un pluralisme réel, mais qui ne trouve aucun écho au national.

Notons au passage qu’en 2015, Caroline Saliou, présidente nationale de l’Apel, a été nommée par Benoît Hamon Chevalier de la Légion d’honneur, suite à une demande formulée par Vincent Peillon.

Une récompense, peut-être, pour son zèle exemplaire à soutenir la douloureuse réforme du collège, ou pour ses propos rassurants sur la théorie du genre. Certains mal-pensants affirment que l’Apel est soumise aux ordres du Secrétariat Général, lui-même inféodé au Ministère de l’Éducation, qui exercerait un chantage aux subventions. Philippe Lesage, contributeur au journal participatif 24heuresactu.com, va encore plus loin, en laissant entendre que l’enseignement catholique serait noyauté par… la franc-maçonnerie !  Accusation qu’aurait peine à démentir Jean-François Hillaire, membre du très select « Club -M- ambassadeurs » qui rassemble des acteurs du dynamisme local, sorte de VRP haut de gamme du territoire marseillais. M. Hillaire, qui a pu, grâce à un réseau influent, présenter sa candidature « parrainée » à M. Gaudin, sénateur-maire de Marseille, porte fièrement le titre d’ambassadeur -M- non pas en tant que gérant de SCI, mais en tant que vice-président de l’Apel national.

Pour finir sur une note d’espoir, saluons la récente initiative de Jérôme Malcouronne, ancien président de l’Apel Paris, qui vient de mettre sur pied l’association de parents d’élèves Parents pour l’école. Non reconnue par la Conférence des évêques de France, elle a pour but de faire contre-poids à l’Unapel.

Nous souhaitons à M. Malcouronne de réussir dans son projet, qui ne pourra sans doute pas faire l’économie d’une véritable remise en question des tutelles qui étouffent l’Enseignement catholique.

Je reste pour ma part persuadée que l’école libre est un rempart contre ce monde qui voudrait manger nos enfants tous crus. Je refuse que l’État s’approprie ma progéniture.

Nous restons les premiers éducateurs de nos enfants, et rien ni personne ne peut se substituer à nous. C’est à l’institution scolaire de coller à nos attentes, à nos espoirs, et non aux parents de plier sous la contrainte d’un système qui entend nous réduire à la seule fonction de jouisseurs – parfois reproducteurs.

J’espère, par mon témoignage, participer modestement à l’éveil des consciences, préalable à un engagement plus actif pour défendre notre école libre et notre foi.

Rose

(1) : Vers l’école de la relation, un laboratoire d’exploration éducative, DDEC de Blois (2009-2015); brochure du secrétariat général, voir annexe p.14 https://enseignement-catholique.fr/wp-content/uploads/2016/09/EARS.pdf

Pour en savoir plus sur l’éducation sexuelle à l’école :