Nous naviguons à contre gré et bon sens, au son du joueur de pipeau, « agneau parlant
comme la bête » pour une modernité en objectif de créer l’Homme Nouveau. Quel sera-t-
il ? Nous commencions à en apercevoir les contours par les mœurs modernisées en ni
homme ni femme mais mi femelle mi mâle ou, avec de savants fractionnements et en
une soumission totale aux nouveaux axiomes décrits par le fameux agneau.

Ses nouveaux dogmes doivent apporter jouissances sans limites. La vie se résumera en
de faux métiers dans des cités tentaculaires et une incroyable partouze où la famille
sera de la préhistoire obscurantiste, quand un mauvais dieu tyrannique nous expulsa du
jardin de l’Éden. Celui qui prétendant nous asservir, dans la modestie, la transmission
des traditions et plus grave encore libre arbitre, autonomie par la sueur de notre front,
ce qui est somme toute fort agréable puisque nous maintenant en bonne condition
physique.

Si nous en référons aux dix commandements, assez bien suivis au cours des siècles,
puisque nous sommes là, les nouveaux Moïses ont fait fort. Tous seront inversés, pour
le vol, c’est fait, celui-ci est au sommet du système financier, déshonorer père et mère
en cours, adultère aussi.

Dans le nouveau paradigme, les libertés obligatoires, où chacun appartiendra à tout le
monde et tout le monde à chacun, seront les outils d’une antique religion cryptée, nous
menant en un labyrinthe de servitudes dont on pressent qu’elles sont des ordonnances,
pour nous guérir à jamais de la tradition et nous bien gérer.

Ce seront des pratiques hypnotiques, obsédantes, autour d’ersatz de sexualités,
similaires à des pratiques sadomasochistes, auto-humiliantes, transposables pour les
trois ou quatre sexes futurs. Ce qui sera appelé famille seront des amalgames allant de
deux à plusieurs avec autour quelques satellites. On imagine la destinée des enfants
dans ces trous noirs, où leurs personnalités seront multiples mais insoignables ; ils n’y
survivront pas et sombreront dans des maladies mentales.

En des temps héroïques, lors de la première instrumentalisation du Monde, l’ère de la
folie, la vie de famille de Rimbaud – le très grand poète – fut sacrée aux pratiques
naissantes, mais les bonnes fées ne se penchèrent pas sur son berceau. Son père
militaire abandonna le domicile conjugal quand Arthur eut six ans ; cette absence
occasionna les premières blessures et failles.

La fratrie fut élevée par la Mère Vitalie, une femme répressive et ambitieuse
préoccupée de respectabilité et par là même oiseau de malheur selon le propre
témoignage d’Isabelle, la sœur d’Arthur. Dans « Les poètes de sept ans » Arthur
présente un témoignage glaçant sur son enfance et sa relation à sa mère.

La première strophe plante le décor :
Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

Voir aussi : Les sœurs de charité (vidéo ci-dessous)

L’absence du Patriarche détermina chez le jeune garçon un vide immense qui ne peut
se combler que, lorsque l’enfant le devient à son tour. Le père fut intellectuellement
très brillant, on doute qu’il put trouver en Vitalie femme rigide, tyrannique, la
compagne idéale.

Pour combler cette perte, l’éphèbe idéaliste, meurtri et révolté, trouva en son
professeur Izambart une aide pour sublimer son déchirement dans la poésie, il nous en
livra des textes admirables.

Dans Thimotina Labinette, où il laisse à la muse divine le soin de bercer sa douleur : «
martyr d’amour à dix-huit ans, et, dans mon affliction, porte une croix, une couronne
d’épines ! mais, dans la main, au lieu d’un roseau, j’ai une cithare ! » Rimbaud comprit
qu’il lui fallait renoncer à l’amour, comme le fit Léonard, son personnage, lui-même,
qui dut renoncer à son amour pour Thimotina. Car le « beau monde » se moque des
poètes. Apparemment il n’est pas devenu homo de son plein gré, ses premiers émois le
portaient vers les jeunes filles.

Son parcours est passé à la postérité avec une part d’ombre, bien qu’il l’ait crypté dans
plusieurs textes. L’homme aux semelles de vent, grand marcheur, utilisa souvent ce
talent lors de diverses fugues, dont une pour retrouver son professeur de français. Plus
tard, il lui envoya un poème en précisant, cela ne veut pas rien dire. Monsieur Izambart
ne comprit rien ou bien occulta ce qu’il ne voulait pas entendre du cœur supplicié. Il
s’agissait du viol collectif qu’il subit par des militaires, certainement en raison de son
allure très androgyne de seize ans.

Comment put-il ressentir cette tragédie, le destin est cruel son propre père étant
officier ?

Mon triste cœur bave à la poupe

Mon cœur est plein de caporal !
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste cœur bave à la poupe…
Sous les quolibets de la troupe
Qui lance un rire général,
Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur est plein de caporal !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l’ont dépravé ;
À la vesprée, ils font des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques ;
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon cœur, qu’il soit sauvé !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l’ont dépravé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé ?
Ce seront des refrains bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques !
J’aurai des sursauts stomachiques
Si mon cœur triste est ravalé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé ?

L’autre texte qui complète Le cœur déchiré, est Le bateau ivre :

Comme je descendais des fleuves impassibles,
Je ne me sentais plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands et de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Où il ne se sent plus guidé ou plus exactement tiré par les haleurs, dont il entendait
impassible, le souffle durant les viols, triste jeu de mots expliquant bien ce qu’il subit.
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles, les ayant cloués nus aux
poteaux de couleurs. Il s’agit bien là d’une vengeance ou d’une réparation souhaitée
envers ceux qui l’avaient profané. Le cinquième quatrain exprime la demande de
purification des dernières « vomissures ».

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

La liaison avec Verlaine, consommée, comme dernier fantasme, il abandonna aux
orties le monde littéraire hypocrite et ingrat en devenant une sorte de para militaire (la
recherche du père) dans la vente d’armes, dont il écrira à sa sœur qu’il défendait une
cause juste à ses yeux.

Il recouvra dans cette dernière partie de vie des relations hétérosexuelles.
Il retrouvera Isabelle à l’hôpital de Marseille, atteint par la gangrène, amputé d’une
jambe. Peu de temps après, il devait mourir à 37 ans d’un cancer généralisé.

Très grand poète, fantastique création, mais vie impitoyable, où sans protection
tutélaire, il ne put dire non ou en référer. Homosexuel, il fut donc, par syndrome de
Stockholm, ceux qui voulurent en faire une icône de l’homosexualité en seront pour
leurs frais !

JJ

Le GSHF : Groupe Sociologie des relations Homme-Femme est un groupe de réflexion issu de la section Rhône-Alpes d’E&R. Son objectif est de démystifier le kit à penser particulièrement toxique que véhiculent médias et universitaires